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Bilans de santé

Surveillance active : quand ne pas traiter tout de suite est le bon choix

IRIS Prévention
22 septembre 2027
Face à un diagnostic de cancer, l'instinct pousse à vouloir traiter immédiatement. Pourtant, pour une part importante des cancers de la prostate détectés aujourd'hui, la meilleure stratégie consiste précisément à ne pas traiter tout de suite — mais à surveiller de près. Ce neuvième article explique cette approche, aussi contre-intuitive qu'elle est aujourd'hui solidement validée.

La surveillance active répond à un problème bien identifié dans cette série : le surdiagnostic et le surtraitement de cancers de la prostate qui n'auraient jamais menacé la vie ni la santé du patient. Elle permet de différer, voire d'éviter durablement, un traitement invasif chez les hommes dont le cancer présente un profil très favorable.

1. Un principe simple : surveiller de près plutôt que traiter tout de suite

La surveillance active consiste à reporter dans le temps le traitement curatif (chirurgie ou radiothérapie) chez un homme dont le cancer est classé à faible risque de progression, tout en le surveillant étroitement afin de pouvoir intervenir rapidement si la maladie montre des signes d'évolution. Ce n'est pas une abstention passive : c'est une stratégie active et structurée, à laquelle le patient doit adhérer pleinement.

Ce n'est pas la même chose que l'« abstention-surveillance » (watchful waiting), qui concerne des patients dont l'espérance de vie est limitée et pour qui aucun traitement curatif n'est envisagé : la surveillance active, elle, s'adresse à des hommes en bonne santé, avec une espérance de vie longue, chez qui un traitement curatif reste possible à tout moment si nécessaire.

2. Qui peut bénéficier d'une surveillance active ?

Les critères de sélection reposent sur plusieurs éléments convergents, évalués lors du diagnostic :

CritèreSeuil habituelPourquoi
Score de Gleason / groupe ISUPGleason 6 (ISUP 1), parfois 7 (3+4) selon les équipesCancer bien différencié, faible potentiel évolutif
Taux de PSAGénéralement < 10 à 15 ng/mLCohérent avec un volume tumoral limité
Stade cliniqueT1c ou T2a (non ou à peine palpable)Cancer localisé, de petit volume
Nombre de prélèvements positifsLimité (1 à 2 biopsies sur l'ensemble)Volume tumoral estimé faible

Ces critères ont eu tendance à s'élargir ces dernières années, à mesure que les données de suivi à long terme se sont accumulées et rassurantes.

3. Le protocole de suivi : rigoureux, mais pas envahissant au quotidien

Le suivi en surveillance active combine plusieurs examens à intervalles réguliers : un dosage du PSA tous les 3 à 6 mois, un toucher rectal annuel, une IRM prostatique répétée, et des biopsies de contrôle — généralement une à un an, puis plus espacées (tous les 3 à 5 ans) si la situation reste stable. Un traitement curatif est proposé à tout moment si ces examens montrent une évolution défavorable : progression du PSA, aggravation du score de Gleason, ou évolution visible à l'IRM.

4. Des données de suivi à long terme rassurantes

Une étude de référence de l'université Johns Hopkins, portant sur le suivi de plus d'un millier d'hommes en surveillance active pendant 15 ans, a montré un taux de survie sans métastase de 99,4 % à 10 et 15 ans. La plupart des décès observés dans cette cohorte n'étaient d'ailleurs pas liés au cancer de la prostate lui-même. Une étude européenne de suivi à 23 ans, publiée en 2025, confirme cette tendance : à ce jour, aucune donnée n'indique que les hommes suivis en surveillance active vivent moins longtemps que ceux traités d'emblée.

⚠️ À retenir sur le plan médical

La surveillance active n'est pas une perte de chance pour les patients qui remplissent les critères d'inclusion : les données de suivi à long terme sont rassurantes sur ce point.
Le patient reste libre de sortir du protocole de surveillance active à tout moment s'il le souhaite, y compris pour des raisons psychologiques — vivre avec un cancer non traité peut représenter une charge mentale à ne pas sous-estimer.
Un reclassement vers un traitement curatif ne signifie pas un échec de la surveillance : c'est au contraire la preuve que le protocole de suivi a fonctionné en détectant une évolution à temps.

Les tips à retenir :

  • La surveillance active n'est pas une abstention passive : c'est une stratégie active, structurée par un protocole de suivi rigoureux, qui permet d'intervenir rapidement en cas d'évolution.
  • Une étude de suivi sur 15 ans a montré un taux de survie sans métastase de 99,4 % chez les hommes en surveillance active pour un cancer à faible risque.
  • Un reclassement vers un traitement actif pendant la surveillance n'est pas un échec : c'est la preuve que le protocole a détecté une évolution à temps.
  • Les critères d'inclusion en surveillance active se sont progressivement élargis ces dernières années, à mesure que les données rassurantes se sont accumulées.
  • Vivre avec un cancer non traité peut représenter une charge psychologique réelle : il est normal d'en discuter ouvertement avec son équipe soignante, sans que cela remette en cause le bien-fondé de la stratégie.