La biopsie reste l'examen de référence pour confirmer un diagnostic de cancer de la prostate suite à un PSA élevé ou une anomalie au toucher rectal. Elle consiste à prélever plusieurs petits fragments de tissu prostatique, sous anesthésie locale, souvent guidée par échographie ou IRM, afin de les analyser au microscope.
1. Le score de Gleason : évaluer l'architecture des cellules
Le score de Gleason, créé dans les années 1960 par le pathologiste Donald Gleason, évalue le degré de différenciation des cellules cancéreuses observées au microscope — c'est-à-dire à quel point elles ressemblent encore à des cellules prostatiques normales. Un grade de 3 correspond à des cellules bien différenciées et proches de la normale ; un grade de 5 correspond à des cellules très désorganisées et agressives.
Le score final est calculé en additionnant deux grades : le grade le plus représenté dans les prélèvements, et le grade le plus élevé observé. Par exemple, un score « 7 (3+4) » signifie que le grade 3 est majoritaire, avec une composante de grade 4 — un profil différent, et de meilleur pronostic, qu'un score « 7 (4+3) » où le grade 4 est majoritaire, bien que le total soit identique.
2. La classification ISUP : une lecture simplifiée en 5 groupes
Pour rendre la lecture du score de Gleason plus intuitive, l'International Society of Urological Pathology (ISUP) a proposé en 2014 un système de groupes pronostiques, gradués de 1 (le plus favorable) à 5 (le plus agressif).
| Groupe ISUP | Score de Gleason correspondant | Niveau de risque |
|---|---|---|
| ISUP 1 | 6 (3+3) | Faible risque |
| ISUP 2 | 7 (3+4) | Risque intermédiaire favorable |
| ISUP 3 | 7 (4+3) | Risque intermédiaire défavorable |
| ISUP 4 | 8 (4+4, 3+5 ou 5+3) | Haut risque |
| ISUP 5 | 9 ou 10 | Très haut risque, forme agressive |
Ce tableau aide à se repérer, mais ne remplace jamais l'analyse complète du dossier : deux hommes avec le même groupe ISUP peuvent avoir des stratégies de prise en charge différentes selon leur PSA, leur IRM, leur âge et le volume de cancer retrouvé.
3. Ce que le compte-rendu contient au-delà du score
Le score de Gleason et le groupe ISUP ne sont qu'une partie de l'information fournie par la biopsie. Le compte-rendu précise également le nombre de prélèvements positifs sur le nombre total réalisé (un indicateur du volume tumoral estimé), la longueur de cancer retrouvée dans chaque prélèvement, et la localisation (côté droit, gauche, ou les deux) — autant d'éléments qui affinent l'évaluation globale du risque, au-delà du seul score.
4. Une part de variabilité à connaître
Un élément moins connu mais important : le score de Gleason établi sur la biopsie peut différer de celui obtenu après une éventuelle prostatectomie (ablation complète de la prostate), car la biopsie n'examine qu'un échantillon limité du tissu. Des études rapportent des taux de discordance significatifs, le plus souvent par sous-estimation du grade sur la biopsie initiale. Cette variabilité explique pourquoi le score de Gleason est toujours interprété avec prudence, en complément d'autres examens (PSA, IRM), et pourquoi une réévaluation est parfois nécessaire au cours du suivi.
⚠️ À retenir sur le plan médical
Le score de Gleason et le groupe ISUP orientent la prise en charge mais ne la déterminent pas seuls : l'âge, l'état de santé général, le PSA et les souhaits du patient entrent tous en ligne de compte.
Un score de Gleason 6 (groupe ISUP 1) correspond à une forme de faible risque, pour laquelle la surveillance active — sans traitement immédiat — est aujourd'hui une option standard, que nous détaillerons dans le prochain article.
Une discordance entre le score de la biopsie et celui d'une analyse ultérieure (après chirurgie) n'est pas une erreur médicale : elle reflète les limites inhérentes à l'échantillonnage par biopsie.
Les tips à retenir :
- ●Le score de Gleason additionne le grade le plus fréquent et le grade le plus élevé observés au microscope : un « 7 (3+4) » a un meilleur pronostic qu'un « 7 (4+3) », bien que le total soit identique.
- ●La classification ISUP (1 à 5) simplifie la lecture du score de Gleason en cinq groupes pronostiques, du plus favorable au plus agressif.
- ●Le compte-rendu de biopsie contient bien plus que le seul score : nombre de prélèvements positifs, longueur tumorale et localisation affinent l'évaluation du risque.
- ●Le score de Gleason obtenu par biopsie peut différer de celui observé après une éventuelle chirurgie, car la biopsie n'examine qu'un échantillon limité du tissu prostatique.
- ●Un score de Gleason 6 (ISUP 1) correspond à une forme de faible risque, pour laquelle la surveillance active est aujourd'hui une option reconnue — sujet du prochain article de cette série.



