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Illustration article santé mentale - Le deuil
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Bien-être

Le deuil

IRIS Prévention
20 mai 2026
Il n'y a pas de « bonne façon » de faire son deuil, ni de délai standard pour en sortir. Le deuil prend le temps qu'il faut, et il mérite d'être accompagné avec bienveillance.

Illustration article santé mentale - Le deuil

Perdre quelqu'un ou quelque chose qui comptait profondément, un être cher, une relation, un emploi, une santé, une identité, est l'une des expériences les plus universelles et les plus intenses de la vie humaine. Et pourtant, notre société est souvent mal à l'aise avec le deuil : elle attend qu'on « tourne la page », qu'on « aille de l'avant », parfois beaucoup trop vite. Selon l'OMS, environ 10 % des personnes en deuil développent un deuil prolongé ou compliqué, une souffrance persistante et envahissante qui mérite une prise en charge spécifique. Pour tous les autres, traverser le deuil reste un chemin difficile mais traversable. Cet article est là pour vous aider à comprendre ce que vous vivez, et à avancer à votre rythme, sans jugement.

1. Le deuil : bien plus qu'une tristesse

Le deuil est le processus psychologique, émotionnel et physiologique par lequel je m'adapte à une perte significative. Il ne concerné pas uniquement la mort d'un être cher : je peux vivre un deuil après une séparation, une maladie grave, la perte d'un emploi, un déménagement, la fin d'un projet de vie, ou même la perte d'une version de moi-même que je ne peux plus être.

Le deuil mobilise l'ensemble de mon être : émotions intenses et variables (tristesse, colère, culpabilité, choc, mais aussi parfois soulagement ou anesthésie), manifestations physiques (fatigue profonde, troubles du sommeil et de l'appétit, douleurs somatiques), bouleversements cognitifs (difficultés de concentration, pensées intrusives) et remaniements identitaires profonds.

2. Les modèles du deuil : des repères, pas des règles

Le modèle des « 5 stades du deuil » d'Elisabeth Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) est le plus connu, mais aussi le plus mal compris. Ces stades ne sont pas une progression linéaire et obligatoire. Ils décrivent des expériences fréquentes, qui peuvent se présenter dans n'importe quel ordre, se répéter ou ne pas tous apparaître.

Un modèle plus opérationnel pour traverser le deuil est celui de William Worden, qui décrit 4 tâches, non pas des étapes à franchir dans l'ordre, mais des processus que je vais traverser à mon rythme :

  • Tâche 1, Accepter la réalité de la perte : intégrer intellectuellement et émotionnellement que la perte est réelle et permanente. Cela prend du temps, et plusieurs allers-retours entre l'acceptation et le déni sont normaux.
  • Tâche 2, Traverser la douleur du deuil : permettre à la douleur émotionnelle d'exister et de se manifester. La fuir ou la museler ralentit le processus et peut conduire à un deuil compliqué.
  • Tâche 3, S'adapter à un environnement sans la présence perdue : réapprendre à vivre dans un monde modifié par la perte, pratiquement, émotionnellement et identitairement.
  • Tâche 4, Trouver un lieu durable pour la perte et réinvestir la vie : intégrer la perte dans mon histoire sans qu'elle occupe toute la place. Ce n'est pas oublier, c'est continuer à vivre avec.

3. Ce qui aide à traverser le deuil

Me permettre de ressentir. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre son deuil. La tristesse, la colère, la culpabilité, mais aussi les moments de rire ou de légèreté, tout cela est normal et fait partie du processus. Je ne dois pas « être fort·e » ni performer ma peine pour les autres.

En parler, ne pas s'isoler. Partager ma douleur avec des proches de confiance, participer à un groupe de soutien après deuil, ou consulter un professionnel : mettre des mots sur ce que je vis allège la charge et me rappelle que je ne suis pas seul·e dans cette expérience.

Prendre soin de mon corps. Le deuil a des manifestations physiques réelles. Dormir suffisamment, manger avec régularité, marcher en plein air, ces gestes simples soutiennent ma capacité à traverser la douleur sans m'effondrer complètement.

Ne pas me mettre en délai. Il n'y a pas de « durée normale » de deuil. Certaines pertes se travaillent en quelques mois, d'autres prennent des années. Je me donne la permission de prendre le temps qu'il me faut, sans me comparer aux autres ni me juger.

Honorer la relation ou ce qui a été perdu. Trouver des façons de garder une place à ce que j'ai perdu, rituel commémoratif, acte symbolique, mémorial personnel, peut aider à intégrer la perte sans l'effacer.

4. Le deuil compliqué ou prolongé : quand consulter ?

Pour la majorité des personnes, le deuil, bien que douloureux, suit un processus naturel d'adaptation. Mais pour environ 10 % d'entre elles, il évolue vers un deuil prolongé ou compliqué, reconnu comme trouble par le DSM-5 et la CIM-11 :

  • Douleur intense et persistante plus d'un an après la perte (6 mois pour les enfants).
  • Incapacité à accepter la réalité de la perte ou à s'y adapter.
  • Difficultés sévères à reprendre une vie quotidienne (travail, relations, activités).
  • Sentiment que la vie n'a plus de sens sans la personne ou la chose perdue.

En cas de pensées suicidaires liées au deuil, je contacte immédiatement le 3114, Numéro National de Prévention du Suicide, disponible 24h/24 et 7j/7.

Un accompagnement psychothérapeutique spécialisé dans le deuil, notamment la thérapie du deuil compliqué (TDC) ou la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT), est particulièrement efficace. Mon médecin généraliste peut m'orienter.

💡 Les tips à retenir

    • Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre son deuil, ni de délai standard. Je me donne la permission de prendre le temps qu'il me faut, sans me comparer ni me juger.
    • La tristesse, la colère, la culpabilité mais aussi les moments de légèreté sont tous normaux dans le deuil. Je ne dois pas « être fort·e » ni performer ma peine pour les autres.
    • Partager ma douleur avec des proches ou un professionnel allège la charge et me rappelle que je ne suis pas seul·e. L'isolement est l'un des principaux facteurs qui complique le processus de deuil.
    • Prendre soin de mon corps pendant le deuil est essentiel : dormir, manger, marcher. Le deuil a des manifestations physiques réelles qui mobilisent toutes mes ressources.
    • Si ma douleur est toujours aussi intense plus d'un an après la perte et m'empêche de fonctionner, je consulte mon médecin. Le deuil compliqué est un trouble reconnu qui se traite efficacement avec un accompagnement adapté.