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Personne au bureau, regard détourné et désengagé
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Santé au travail

Bore-out et brown-out : les cousins méconnus du burn-out

IRIS Prévention
24 février 2027
Tout le monde connaît le burn-out, l'épuisement par la surcharge. Mais on peut aussi s'épuiser de l'inverse : de l'ennui, ou de l'absence de sens. Ces deux cousins discrets, le bore-out et le brown-out, font autant de dégâts, et passent souvent inaperçus.

On résume volontiers la souffrance au travail à une seule image : la personne débordée qui craque sous la pression. Pourtant, deux autres formes d'épuisement existent, moins spectaculaires mais bien réelles. L'une naît de l'ennui et du sous-emploi de ses compétences ; l'autre, de la perte de sens.

Les nommer, c'est déjà sortir d'un grand malentendu : non, il ne faut pas forcément « trop » de travail pour s'effondrer. Parfois, c'est le vide ou l'absurde qui usent.

1. Pas seulement la surcharge : trois déséquilibres

Le point commun de ces trois états, c'est le déséquilibre, mais pas le même. Le burn-out vient d'une charge trop lourde. Le bore-out, d'une charge trop légère ou trop pauvre en stimulation. Le brown-out, d'un travail qui a perdu sa raison d'être.

Leurs symptômes, en revanche, se ressemblent souvent : fatigue, perte d'estime de soi, repli, troubles du sommeil. C'est ce qui rend le bore-out et le brown-out si difficiles à reconnaître, on les confond avec autre chose, ou on les balaie d'un « de quoi te plains-tu ? ».

2. Le bore-out : s'épuiser d'ennui

Le bore-out, ce n'est pas de la paresse, ni le simple plaisir d'une journée tranquille. C'est une souffrance : celle de n'avoir pas assez à faire, ou des tâches très en deçà de ses compétences, jour après jour. Le temps se dilate, l'esprit s'engourdit, l'estime de soi s'effrite. On a l'impression de « rouiller ».

S'y ajoute un fardeau particulier : la honte et la dissimulation. Beaucoup s'épuisent à faire semblant d'être occupés, à étirer artificiellement leurs tâches, à cacher leur désœuvrement, ce qui est, en soi, épuisant. Le sous-emploi prolongé de ses capacités est un véritable facteur de mal-être.

3. Le brown-out : quand le travail perd son sens

Le terme, issu du monde du management, désigne une « baisse de tension » : à la différence du burn-out (panne totale), le brown-out est une lumière qui faiblit. On continue de fonctionner, mais le sens s'est évaporé. Les tâches paraissent absurdes, déconnectées de toute utilité ou en contradiction avec ses valeurs.

La question qui revient n'est plus « comment vais-je tout faire ? » mais « à quoi bon ? ». Faire semblant d'y croire, exécuter des tâches qu'on juge vides de sens, demande une énergie considérable, et finit par éteindre la motivation la plus solide. Le sens n'est pas un luxe : c'est un carburant.

Pour situer ces trois formes d'épuisement d'un coup d'œil :

Burn-outBore-outBrown-out
Cause principaleSurcharge de travailEnnui, sous-stimulationPerte de sens
Ce que je ressens« Je n'en peux plus, c'est trop. »« Je tourne en rond, je m'éteins. »« À quoi tout cela sert-il ? »
Le piègeEn faire toujours plusCacher qu'on n'a rien à faireFaire semblant d'y croire

4. Retrouver de l'élan et du sens

  • Sortir du silence : reconnaître « je m'ennuie » ou « mon travail n'a plus de sens » n'est pas un caprice. C'est une information précieuse sur un déséquilibre réel, qu'il vaut mieux nommer que dissimuler.
  • Remodeler son poste (job crafting) : souvent, on peut ajuster son travail à la marge, proposer des tâches plus stimulantes, modifier certaines relations, ou changer le regard qu'on porte sur ce qu'on fait. La célèbre parabole des bâtisseurs de cathédrale le dit bien : on peut « tailler des pierres » ou « construire une cathédrale », même geste, sens radicalement différent.
  • Pour le bore-out : oser dire qu'on est sous-employé·e, demander plus de responsabilités ou de projets, se former, chercher de nouveaux défis plutôt que de meubler le vide.
  • Pour le brown-out : se reconnecter aux bénéficiaires concrets de son travail, à qui, à quoi cela sert vraiment ?, et clarifier ce qui a du sens pour soi, pour rouvrir le dialogue.
  • Parfois, voir plus large : quand l'ennui ou l'absence de sens s'installent durablement, il peut être utile de réfléchir à une évolution, une mobilité ou un projet, sans précipitation, mais sans s'oublier non plus.

Si ces signaux s'accompagnent de fatigue, de découragement ou d'un mal-être qui dure, en parler est important, à un proche, au médecin du travail ou à son médecin traitant. Un bilan de santé est aussi l'occasion de faire le point et d'identifier les leviers d'action.

💡 Les tips à retenir

    • On peut s'épuiser de ne pas en faire assez : le bore-out, l'épuisement par l'ennui et le sous-emploi de ses compétences, fait autant de dégâts que la surcharge. Trop peu est aussi toxique que trop.
    • Le brown-out, c'est la lumière qui faiblit : quand le travail perd son sens (tâches absurdes, déconnexion des valeurs), l'énergie s'éteint progressivement, sans surcharge apparente.
    • La honte aggrave tout : il est plus difficile d'avouer « je m'ennuie » ou « mon travail n'a plus de sens » que « je suis débordé·e ». Ce silence retarde l'aide, alors que la souffrance est bien réelle.
    • Le job crafting : on peut souvent remodeler son poste à la marge (tâches, relations, regard porté sur son travail) pour y réinjecter du sens, sans tout changer. La parabole des bâtisseurs de cathédrale le résume : même geste, sens radicalement différent.
    • Se reconnecter à « à qui sert mon travail » est l'un des antidotes les plus puissants au brown-out : se rappeler les bénéficiaires concrets de ce que l'on fait ranime le sens plus vite que n'importe quel discours.