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Bien-être

Aider un proche en souffrance

IRIS Prévention
12 août 2026
Être là pour quelqu'un qui souffre, c'est l'un des actes les plus précieux, et l'un des plus épuisants. Apprendre à aider sans se noyer, c'est aussi prendre soin de soi.

Un ami qui ne répond plus aux messages. Un collègue dont le comportement a changé. Un proche qui pleure souvent, parle d'anxiété ou semble épuisé. Face à la souffrance de quelqu'un qu'on aime, on se sent souvent démuni·e : quoi dire sans aggraver ? Comment aider sans s'imposer ? Jusqu'où peut-on aller avant de se mettre soi-même en danger ? Selon une étude de l'UNAFAM (2019), 60 % des proches aidants en santé mentale développent eux-mêmes des symptômes d'anxiété ou de dépression dans les deux ans qui suivent. Aider efficacement, et durablement, demande des connaissances, des outils et une attention vigilante à ses propres limites. Cet article est là pour vous y aider.

1. Ce que mon proche a vraiment besoin d'entendre, et ce qu'il vaut mieux éviter

À direÀ éviterPourquoi
« Je suis là pour toi. Tu n'as pas à traverser ça seul·e. »« T'inquiète, ça va passer. »Minimise la souffrance et coupe le dialogue
« Je ne comprends peut-être pas tout ce que tu vis, mais je veux comprendre. »« Tu n'as pas de raison d'être triste. »Invalide l'expérience de la personne
« Est-ce que tu veux qu'on en parle ou tu préfères juste avoir de la compagnie ? »« Secoue-toi, fais un effort ! »Ignore la nature neurobiologique du trouble
« Tu m'inquiètes. J'ai envie de t'aider à trouver du soutien. »« J'ai connu pire et je m'en suis sorti·e. »Crée une compétition de souffrance non productive
« Je suis là, même si je ne sais pas quoi dire. »« Tu devrais... / tu n'as qu'à... »Les conseils non demandés coupent l'écoute

2. L'écoute active : la compétence la plus précieuse

La plupart d'entre nous, face à quelqu'un qui souffre, ressentons le besoin immédiat de résoudre, de conseiller, de minimiser pour soulager l'inconfort, le nôtre autant que le leur. L'écoute active demande précisément le contraire : rester présent·e avec la souffrance de l'autre, sans chercher à la faire disparaître.

  • Écouter pour comprendre, pas pour répondre. Donner à l'autre le temps et l'espace pour aller au bout de ce qu'il ressent, sans interrompre ni compléter ses phrases.
  • Reformuler sans interpréter. « Si je comprends bien, tu te sens submergé·e et tu ne vois plus d'issue en ce moment. C'est ça ? » La reformulation montre que j'ai entendu et invite à préciser, elle ne projette pas.
  • Valider sans approuver. Je peux reconnaître que quelqu'un souffre intensément sans être d'accord avec sa lecture de la situation. « Je comprends que ça te fait vraiment souffrir » n'est pas « tu as raison de voir les choses ainsi ».
  • Tolérer les silences. Le silence n'est pas un vide à remplir. C'est souvent l'espace dans lequel la personne trouve les mots pour dire quelque chose d'important. Résister à l'inconfort du silence est l'un des apprentissages les plus précieux de l'accompagnement.

3. Encourager l'aide professionnelle sans brusquer

L'une des contributions les plus importantes que je peux apporter à un proche en souffrance est de l'orienter vers une aide professionnelle. Mais cela demande de la délicatesse :

Proposer sans imposer. « J'ai pensé à toi et j'ai entendu parler d'un dispositif / d'un professionnel qui pourrait peut-être t'aider. Tu veux qu'on regarde ça ensemble ? » L'invitation ouverte est plus efficace que le conseil directif.

Normaliser la démarche. « Beaucoup de gens traversent des moments difficiles et trouvent qu'une aide professionnelle change vraiment les choses. Ce n'est pas un signe de faiblesse, au contraire. »

Proposer un accompagnement concret. Chercher ensemble les ressources disponibles, accompagner au premier rendez-vous si la personne le souhaite, aider à prendre le rendez-vous. Les gestes concrets réduisent les obstacles pratiques qui retardent souvent le recours aux soins.

En cas de propos suicidaires, même exprimés indirectement (« je voudrais disparaître », « tout le monde irait mieux sans moi »), poser directement la question : « Est-ce que tu penses à mettre fin à ta vie ? » ne donne pas d'idées. Ça ouvre une porte. Puis appeler le 3114 ensemble.

4. Prendre soin de soi en aidant : éviter le burn-out de l'aidant

Accompagner quelqu'un qui souffre est épuisant, même quand on le fait par amour. Le burn-out de l'aidant est une réalité documentée, avec des conséquences sérieuses sur la propre santé mentale de l'aidant.

Reconnaître mes propres limites. Je ne peux pas être le seul soutien de quelqu'un. Je ne suis pas thérapeute. Je ne peux pas sauver quelqu'un qui ne le veut pas. Reconnaître ces limites n'est pas de l'abandon, c'est de la lucidité.

Maintenir mes propres espaces de récupération. Mes activités de plaisir, mes relations amicales, mon sommeil, mes moments de solitude ressourçante, ces espaces doivent être protégés même (surtout) quand je soutiens quelqu'un qui souffre.

Chercher moi aussi du soutien. Parler à quelqu'un de confiance de ce que je vis en tant qu'aidant, ami, professionnel de santé, groupe de soutien pour aidants. L'UNAFAM propose des ressources spécifiques pour les proches de personnes avec des troubles psychiques.

Poser des limites sur la disponibilité. Je ne peux pas être disponible 24h/24, ni pour mon propre bien ni pour celui de mon proche, qui a besoin d'apprendre aussi à gérer ses moments difficiles sans dépendre entièrement de moi.

5. Les ressources à connaître

  • Le 3114 : Numéro National de Prévention du Suicide, pour les personnes en crise et pour les proches inquiets. Disponible 24h/24, gratuit.
  • L'UNAFAM : Union Nationale des Familles et Amis de personnes souffrant de troubles psychiatriques. Groupes de soutien, formation, accompagnement des proches.
  • Le médecin généraliste : Premier point d'entrée pour orienter un proche vers une prise en charge adaptée.
  • Le CMP (Centre Médico-Psychologique) : Accessible sans rendez-vous, gratuit, pour les personnes en souffrance psychologique.

💡 Les tips à retenir

    • Les mots les plus précieux sont souvent les plus simples : « je suis là », « tu n'es pas seul·e », « je t'entends ». Avant les conseils et les solutions, la présence et la validation changent tout.
    • J'écoute pour comprendre, pas pour répondre. Je reformule sans interpréter. Je tolère les silences. Ces trois gestes constituent l'essentiel de l'écoute active, la compétence la plus précieuse d'un aidant.
    • En cas de propos suicidaires, je pose directement la question : « Est-ce que tu penses à te faire du mal ? » Ça n'donne pas d'idées, ça ouvre une porte. Puis j'appelle le 3114 avec ma personne.
    • Le burn-out de l'aidant est réel : 60 % des proches aidants en santé mentale développent eux-mêmes de l'anxiété ou de la dépression. Prendre soin de soi n'est pas de l'égoïsme, c'est la condition pour aider durablement.
    • Je ne suis pas thérapeute et je ne peux pas tout porter seul·e. Orienter mon proche vers une aide professionnelle tout en maintenant mon propre espace de récupération est la posture la plus saine et la plus efficace.